Thématique de la Biennale 2017/18 : Hasard, accident ou sérendipité ?

Rendez-vous de Némo

Thématique de la Biennale 2017/18 : Hasard, accident ou sérendipité ?

Le terme de « serendipity » a été inventé en 1754 par Horace Walpole, auteur du célèbre roman gothique Le Château d’Otrante. Il lui fut inspiré par le conte arabe millénaire des Trois Princes de Serendip qui auraient eu le don de découvrir par « hasard et sagacité » des choses merveilleuses pendant leurs pérégrinations. Sa traduction française, la « sérendipité », n’est entrée dans les dictionnaires français qu’en 2011.

La sérendipité est une errance fertile qui facilite les trouvailles inattendues, comme on en fait souvent aujourd’hui avec le Web et la navigation hypertexte. C’est à la fois une méthode et une anti-méthode, qui doit plus à la sagacité qu’au pur hasard. Elle décrit le moment où, en cherchant quelque chose, on découvre autre chose, à condition que notre esprit soit suffisamment éveillé et curieux pour cela. D’une autre manière, c’est le fait de faire une découverte scientifique ou une innovation technologique de façon inattendue à la suite d’un concours de circonstances fortuit.

On lui attribue souvent la découverte de l’Amérique (et aux Américains le fait de lui devoir leur existence), puisque Christophe Colomb, en cherchant les Indes, a trouvé les Bahamas ; celle du Post-it, fait d’une colle inefficace, dont l’usage a été heureusement exploité  mais aussi la pénicilline ; mais aussi la fission nucléaire, les Bêtises de Cambrai, la tarte Tatin, les rayons X, le LSD, la supraconductivité, le Viagra, la loi de la gravitation universelle, la dynamite, le Velcro…
Voltaire et son Zadig, Balzac, Poe, Conan Doyle (Sherlock Holmes !) et le roman policier en général ont excellé dans l’art d’inférer les causes à partir des effets. Freud, également, qui se considérait comme le Sherlock Holmes du psychisme humain.
Plus près de nous, on trouve le scratch des DJs (issu d’une erreur de manipulation d’un protégé de Grandmaster Flash) ou toutes les découvertes musicales que nous faisons grâce sur les plateformes musicales et le Web en général.

Nous sommes tous confrontés à des hasards dont nous ne faisons souvent rien. Mais les esprits curieux peuvent interpréter en leur faveur, de la manière la plus optimale possible, ce qui leur arrive sans l’avoir attendu. En matière de découvertes, « la chance ne favorise que les esprits préparés », disait Louis Pasteur, quand la sagesse populaire nous rappelle que la chance sourit aux audacieux. Si Fleming a découvert la pénicilline par hasard, il était entraîné à interpréter les accidents scientifiques. Hasard et esprit préparé sont les deux composantes de la sérendipité.
Pour que la sérendipité advienne plus facilement, il nous faudrait créer les conditions de son intervention. Ce sera le creuset de la Biennale 2017 !

Si l’hypertexte lui est en effet propice, la sérendipité est plus généralement le fait de la curiosité, de l’ouverture et du pragmatisme, en matière scientifique par exemple ; mais aussi de l’indétermination, de la non-linéarité, de l’altérité, ou du voyage, plutôt que de la destination. Y aura-t-il encore une place pour la sérendipité dans le monde de demain où tout ne sera plus qu’anticipation, datafication, quantification et normativité ?

En matière artistique, en matière d’anthropologie, de technologie et de sociabilité, qu’en est-il de la sérendipité aujourd’hui ? Où se trouve ce concept qui, comme nous le rappelle Edgar Morin, met en relief le caractère créatif et génératif de l’aléatoire, de l’événement, de l’imprévu, de l’inattendu ? Quel est notre pouvoir de découvrir, par hasard ou par sagacité ? Sur la question du regard que l’on pose sur l’erreur advenue, en quoi le désir de voir ce qui est caché ou le plaisir de voir ce que les autres ne voient pas se matérialisent-ils dans l’art actuel ?

Une fois posée la nature fondamentalement sérendipienne de l’art, en quoi les outils du numérique (par exemple la générativité et l’interactivité) favorisent-ils la créativité de nos errances ? Comment faire en sorte que le moindre accident, le moindre déplacement puisse cristalliser de nouvelles méthodes, de nouvelles critiques esthétiques et de nouveaux paradigmes artistiques et sociétaux ? La fameuse indisciplinarité, paradigme actuel des arts vivants, est-elle le creuset d’une sérendipité en devenir ?

Qu’en est-il de la sérendipité programmée de Google ou de la « real-time serendipity » de Facebook ? Alors que l’accident et le hasard sont inhérents à nos vies, quels seront-ils dans notre vie sociétale, où l’art pourrait ne devenir qu’un décorum soft, sans enjeu, sans accident et sans sérendipité, justement ?

Et comment proposer aux spectateurs des expériences sérendipiennes pour développer, mélanger, surprendre et enrichir encore les publics ?

C’est ce que les Rendez-vous de Némo et la prochaine Biennale vous proposent de chercher, en espérant trouver bien d’autres choses !

ENGLISH VERSION /

Theme of the 2017/18 biennial: Chance, accident or serendipity?

The term “serendipity” was invented in 1754 by Horace Walpole, author of the famous Gothic novel The Castle of Otranto. It was inspired by the ancient Persian fairy tale about the Three Princes of Serendip, who had the gift of discovering marvellous things during their wanderings through “accidents and sagacity”. Its translation into French, “sérendipité”, only entered French dictionaries in 2011.

Serendipity is creative roaming that facilitates unexpected discoveries, as we often do today with the Web and hypertext browsing. It is both a method and an anti-method, owing more to sagacity than to pure chance. It describes the moment when you looking for a particular thing and discover something else – provided that your mind is sufficiently alert and curious to seize the opportunity. In another sense, it is the fact of making a scientific discovery or a technological innovation unexpectedly, through a combination of fortuitous circumstances.

Serendipity is often credited with the discovery of America (and for Americans, the very fact of their existence), because Christopher Columbus, in searching for India, found the Bahamas. And with the Post-it, too, which arose from an inefficient glue that was then perceived as highly useful – not to mention penicillin, nuclear fission, the sweets known as Bêtises de Cambrai, the upside-down “tarte Tatin”, X-rays, LSD, superconductivity, Viagra, the law of universal gravitation, dynamite, Velcro – the list is endless.
Voltaire with his Zadig, Balzac, Poe, Conan Doyle (Sherlock Holmes!) and detective novels in general excel in the art of inferring cause from effect. Freud too, who considered himself the Sherlock Holmes of human psyche.
Closer to our times, there is the scratching technique used by DJs (which came about when a protégé of Grandmaster Flash accidentally stopped a record with his hand), and all the musical discoveries we make through musical platforms and the Web in general.

We all experience chance happenings, and often do nothing with them. But curious minds can interpret what happens to them unexpectedly to positive effect, in the very best possible way. As regards discoveries, “chance only favours the prepared mind”, to quote Louis Pasteur, while popular wisdom tells us that “fortune favours the bold”. Fleming may have discovered penicillin by chance, but he was highly experienced in interpreting scientific accidents. So chance and a receptive mind are the two ingredients for serendipity.
For serendipity to come about more readily, we need to create the conditions for it to happen. And this will be the crucible of the 2017 Biennial!

Because though the hypertext effect is highly conducive to it, serendipity generally results not only from curiosity, open-mindedness and pragmatism – in the scientific realm, for example – but also from indetermination, non-linearity, otherness, the journey rather than the destination. Will there still be a place for serendipity in tomorrow’s world, if everything becomes a mere matter of anticipation, notification, quantification and standardisation?

In artistic, anthropological, technological and sociability terms, where does serendipity stand today? Where do we find this concept which, as Edgar Morin tells us, highlights the creative and generative character of the random, the event, the unforeseen and the unexpected? How capable are we of discovering through accident and sagacity? As regards how we view mistakes that happen, how is the desire to see what is hidden, or the pleasure of seeing what others do not, given shape in today’s art?

Once the fundamentally serendipitous nature of art has been established, how do the tools of digital technology (like generativity and interactivity) foster the creative side of our wanderings? How can we ensure that the slightest accident or displacement will crystallise new methods, new critical aesthetics and new artistic or societal paradigms? Is the famous “indisciplinarity”, the current model for living arts, the crucible for a serendipity in the making?

What about the programmed serendipity of Google or the real-time serendipity of Facebook? While accident and chance are inherent to our lives, what part will they play in our existence as social beings, where art might end up as nothing but a “soft” convention, with no challenges, no accidents – and, precisely, no serendipity?

And how can we provide serendipitous experiences to further develop, mingle, surprise and increase audiences?

This is what the “Rendez-vous de Némo” and the next Biennial encourage you to seek out – in the hope of finding a whole lot of other things!